Les États-Unis en faillite dans deux semaines?

Maison Blanche, Washington
La Maison Blanche | photo : Mathieu Poirier

Depuis quelques jours, c’est à un véritable cirque que nous assistons au Congrès américain. Depuis mardi minuit (heure de Washington), 900 000 employés du gouvernement fédéral américain sont en congé sans solde, attendant que le Congrès et le président réussissent à s’entendre sur le budget.

C’est le financement du système d’assurance-maladie promulgué par Obama qui est au cœur du litige entre Républicains et Démocrates. Comment cette crise a-t-elle pu arriver?

Au Canada, un premier ministre élu majoritaire dispose d’un pouvoir régalien pour faire voter toute loi qui lui passerait par la tête, pourvu qu’il soit appuyé par son parti, car il dirige à la fois le législatif et l’exécutif. La discipline de parti impose de voter comme les autres députés, excepté sur certaines questions épineuses (avortement, peine de mort, etc.). Un député qui ne suit pas la ligne de parti en est généralement expulsé. Pour cette raison, les Canadiens ont tendance à voir dans le président américain un chef d’État aussi puissant que peut l’être leur premier ministre, d’autant plus qu’il dirige la plus grande puissance mondiale. C’est tout faux.

Le checks and balances system

Aux États-Unis, c’est le système de checks and balances qui régit le fonctionnement du gouvernement. Le Congrès crée les lois, le président les exécute et la Cour Suprême les interprète. Pour compliquer les choses, le Congrès est composé de la Chambre des représentants (élections aux deux ans, nombre par état déterminé par le poids géographique de celui-ci) et du Sénat (élections du tiers du Sénat aux deux ans, deux sénateurs par états). Les deux chambres doivent approuver une loi pour qu’elle soit effective, le président disposant cependant d’un droit de veto, excepté si le vote est ratifié par le 2/3 des membres du congrès. Vous suivez toujours?

Là où ça devient amusant, c’est que, comme la Chambre des représentants est élue aux deux ans et le président aux 4 ans, on peut facilement imaginer que : lors de l’élection présidentielle, la Chambre des représentants est généralement composée d’élus du même parti que le président, donc c’est le parti du président qui détermine quelles lois seront votées. À la mi-mandat du président, lorsque la Chambre des représentants est remplacée, il arrive parfois que celle-ci lui soit devenue hostile. C’est le cas actuellement.

L’étrange obsession des Républicains pour le communisme. Ça se soigne, docteur?

Au début du mandat de Barack Obama, le Congrès à ratifié l’Obama Care au grand dam des Républicains qui sont farouchement opposés à cette dérive « socialiste » (un système de santé universel, du pur communisme voyons!). Comme ceux-ci sont maintenant majoritaires au congrès, comme la Chambre des représentants est responsable d’initier le vote sur le budget, ils tentent de couper l’herbe sous le pied aux Démocrates en coupant les vivres de l’Obama Care. Sans financement du Congrès, le programme ne pourrait pas survivre. Pour l’instant, le Sénat à majorité démocrate et le président rejettent toutes les propositions républicaines. Sauf que… sans budget, le gouvernement est littéralement paralysé et en défaut de paiement.

Le président américain : pas forcément si puissant

Vous pensiez que le président américain à tous les pouvoirs? Vous voyez maintenant que non. On a souvent reproché à Bill Clinton et à Barack Obama de ne pas avoir respecté leurs promesses électorales ou de ne pas avoir répondu aux attentes qu’on plaçait en eux. La crise actuelle démontre clairement pourquoi! Dans les quarante dernières années, le parti démocrate a généralement collaboré avec les Républicains lorsque ceux étaient au pouvoir, tandis que les Républicains ont généralement mis des bâtons dans les roues de toutes les initiatives démocrates pour humaniser le système américain (système de santé universel, interdiction des armes automatiques, lois pro-avortement, etc.).

Actuellement, Barack Obama ne lâche pas le morceau. L’Obama Care est son cheval de bataille, son futur legs aux citoyens américains et visiblement, il n’est pas prêt à plier devant les Républicains. Ceux-ci semblent prêts à mettre les États-Unis en faillite technique pour y arriver. De plus en plus de Républicains commencent à penser que le parti va trop loin et qu’ils risquent de s’aliéner pour longtemps l’électorat. Les conservateurs extrémistes du Tea Party sont peut-être en ce moment en train de clouer les clous de leur propre cercueil et si ça arrive, ce sera une grande avancée pour la politique américaine.

Le 17 octobre, la date butoir

Le 17 octobre prochain, les États-Unis atteindront leur plafond d’endettement de 16 700 milliards de dollars, un seuil qui ne peut être relevé que par le Congrès. Le vote sur le budget est une chose, le plafond d’endettement en est une autre. Si le plafond n’est pas relevé, les États-Unis se retrouveront en défaut de paiement dans deux semaines et plus longtemps cette situation perdurera, plus il y aura de risque que l’économie mondiale soit sévèrement perturbé. Les Républicains sont-ils prêts à aller jusque là? C’est ce que nous saurons très bientôt.

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