Le don de sang toujours interdit aux homosexuels

Seringue

Aujourd’hui sur mon fil de nouvelles Facebook, une image publiée par un internaute m’a interpellé. Olivier Pelletier, un jeune homme résidant du comté de Portneuf, a créé cette affiche pour sensibiliser la population sur le fait que les homosexuels, encore aujourd’hui, n’ont pas le droit de faire un don de sang. Comme il le précise lui même :« Ceci est une affiche que j’ai fait pour présenter mon point de vue. Ce n’est pas une campagne officielle et aucune entreprise ou groupe n’y est associé. Héma-Québec, qui se doit d’adhérer aux demandes transmises par Santé Canada, n’est aucunement visée par ce message. »

Don de sang toujours interdit aux homosexuels

@ Olivier Pelletier / 2012

Sur le site d’Héma-Québec, vous pouvez lire les justifications données par Santé-Canada pour continuer à discriminer les homosexuels.

Voici le paragraphe le plus important :

« À l’instar de la très grande majorité des experts en sécurité transfusionnelle, Héma-Québec considère qu’il est légitime et nécessaire d’interdire le don de sang chez certains groupes à risque pour les infections transmissibles par la transfusion. Encore aujourd’hui, la fréquence d’infection au VIH est beaucoup plus élevée chez les homosexuels que dans la population générale. La prévalence du VIH se situe à plus de 10 % chez ce groupe par rapport à bien moins de 1 % chez les hétérosexuels ou les lesbiennes. »

Un autre texte d’Héma-Québec pour expliquer pourquoi les hommes ayant eu une relation sexuelle avec un autre homme ne peuvent pas donner de sang, bien que chaque échantillon soit testé :

« Rappelons que les relations sexuelles peuvent contribuer à la propagation des virus transmissibles à d’autres personnes par transfusion. Héma-Québec utilise une gamme de tests de dépistage de haute précision. Toutefois, malgré la bonne performance de ces tests, le risque de ne pas détecter un don de sang infecté, si minime soit-il, n’est pas nul, en raison de la limite de la sensibilité des tests. C’est ce qui explique que nous interdisons des donneurs à haut risque d’infection transmissible par le sang, malgré l’utilisation des tests de dépistage.« 

Le don de sang : discriminer les comportements à risque plutôt que l’orientation sexuelle

Je ne comprends pas qu’encore aujourd’hui, on puisse discriminer toute une portion de la population par le biais de son orientation sexuelle. Bien sûr, la déclaration est volontaire, mais quel homosexuel voudrait mentir à ce sujet? Quel retour en arrière après toutes ces années de luttes pour enrayer les préjugés, la discrimination et l’ostracisation! Bien sûr, Héma-Québec spécifie qu’une seule relation sexuelle entre hommes suffit pour ne plus avoir le droit de donner son sang et ne vise jamais nommément la communauté gaie. Cela dit, les homosexuels sont majoritairement ceux qui sont visés par cette mesure, de même que les hommes bisexuels ou les femmes ayant déjà eu une relation sexuelle avec un homme qui a couché avec un homme.

Que Santé Canada exclut des donneurs suite à des comportements sexuels à risque, je comprends. Mais je ne vois pas en quoi, aujourd’hui, on pourrait continuer à affirmer qu’une relation sexuelle entre deux hommes représente un risque particulier. Ceux qui devraient être visés sont les personnes qui, peu importe leur orientation, multiplient les partenaires sexuels, qui négligent parfois de se protéger et surtout, qui ne prennent pas la peine de se tester avant de commencer à avoir des relations non protégées avec leur partenaire. Ces comportements ne sont pas l’apanage de la communauté gaie et se retrouvent fréquemment chez les hétérosexuels. L’argument que les tests effectués sur les échantillons ne sont pas fiables à 100% est valable autant pour les homosexuels que les hétérosexuels.

Dire que les homosexuels sont une communauté à risque, c’est perpétuer des stéréotypes qui ont encore trop souvent la vie dure, malgré des années de tentatives pour changer les mentalités. La majorité des homosexuels sont, je crois, comme la majorité des hétérosexuels, beaucoup plus intéressés par une vie amoureuse avec un partenaire stable et régulier. Il est vrai que les relations anales favorisent particulièrement la transmission du VIH, que ce soit dans les relations homosexuelles ou hétérosexuelles, mais c’est encore un préjugé que de croire que tous les hommes gais en ont. Pour prévenir la transmission du VIH, il suffit de se protéger adéquatement et c’est là-dessus qu’il faudrait à mon avis orienter les questions.

L’affiche d’Olivier Pelletier est, je crois, une excellente démonstration de l’importance d’interroger les donneurs potentiels sur leurs comportements sexuels à risque plutôt que sur le sexe de leurs partenaires sexuels. 21 heures après sa publication, elle déjà été partagée 3378 fois. Je vous invite à la partager aussi. C’est en amenant les gens à réfléchir que les mentalités changent!

AJOUT : La première version de l’affiche contrevenait aux droits d’auteurs du photographe d’une des deux photos. Olivier Pelletier à conçu aujourd’hui une nouvelle version et le compteur de partage Facebook repart. La précédente version le fut 16 503 fois!

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